jeudi 13 juin 2013

Théâtre: El Gringo, par la Compagnie Théâtre Nomade

     Deuxième spectacle de la journée du 12 juin, on découvre avec surprise la Compagnie Théâtre Nomade, qui se spécialise dans les masques. J'adore les masques depuis toujours, ils me fascinent et me touchent. Et puis on revient aux origines antiques, et ça n'est pas pour me déplaire.
    Voici que les grillons accompagnent le début de la pièce, le soleil se couche, je resserre la couverture sur mes épaules, je ferme les yeux un instant, je me croirais presque à Epidaure....
     Mais non! Point de masques tragiques, mais une comédie burlesque à hurler de rire, un plaisir de faire participer le public, un ton décalé jouissif: voilà El Gringo!

     El Puma, dictateur excentrique, règne sans partage sur Mexico City. Pendant ce temps, Gringo, cowboy au chômage, mange des tortillas devant la télé. Volontaire et pas doué, il se retrouve au service de Pedro Ramirez, chef des révolutionnaires, croyant être adjoint au shérif. Cocasse. Et ce n'est que le début. S'ensuit une série de péripéties accouplées avec des chansons désopilantes. Les sentiments s'expriment en chansons et les conflits avec des pistolets à eau.

   J'ai adoré, tout comme le public à l'unanimité. Une soirée mémorable!





Théâtre: La main de Leïla, par la compagnie Les Yeux Grand Ouverts

       Hier soir, seconde journée du Festival Grand Ouvert, le metteur en scène Grégory Benoit nous présentait une création de deux des comédiens de la troupe: Kamel Isker et Aïda Asgharzadeh, qui ont écrit et interprété cette magnifique histoire qu'est La main de Leïla. 

       Nous sommes en 1988, près d'Alger. Samir et Leïla s'aiment en cachette. Ils se retrouvent toutes les nuits sur une terrasse pour partager leurs rêves, leurs doutes et leurs désirs. C'est l'histoire d'un jeunesse algérienne frustrée et en colère qui attend, à l'image de leur amour, de pouvoir s'accomplir.

        Cette pièce est une merveille, un pur moment d'évasion au goût d'orange et de makrout que les deux comédiens nous livrent avec une énergie et un enthousiasme communicatifs.
         J'en ai apprécié chaque instant: le texte, la musique, le décor: tout concordait à vivre un beau moment de théâtre. Les draps blancs étendus pour sécher volaient dans le vent et le soleil: le fait d'être dehors a ajouté à la magie de cette première représentation.

      Une pièce à découvrir absolument, et une compagnie à suivre!


Théâtre au Festival Grand Ouvert : Oncle Vania de Tchekhov par la Compagnie Midi Trente-neuf

    Le bonheur avec le Festival Grand Ouvert, c'est qu'il se passe à l'extérieur. Et tout à coup on revient à l'essence même du spectacle vivant: on goûte la résonance des voix, le chant des étoiles et celui des grillons, la respiration du public qui goûte à l'unisson le plaisir de l'instant, le plaisir d'être là, et de vivre ce moment-là, avec les comédiens.

      Pour Oncle Vania, la compagnie trente-neuf a très bien exploité le site: Astrov arrive en vélo et dévale la colline, Vania s'énerve avec les branches de sapins, un hamac est suspendu entre deux pins, et la scène s'embrase littéralement à la fin, symbole peut-être des rêves d'existence de Vania qui partent en cendres, de sa solitude inéluctable.
   C'est une très bonne adaptation de la pièce, les comédiens qui jouaient Vania, et Sonia étaient incroyables et ont conquis le public: bref le festival avait fort bien commencé!


mardi 11 juin 2013

La mise à nu des époux Ransome, d'Alan Bennett ou le pastiche du couple sans vergogne

Ce roman est tout simplement déroutant. L'humour anglais y est pour beaucoup. Les personnages restent flegmatiques jusqu'au bout des ongles, et l'on se réjouit de voir secoué leur petit monde bien pensant.


C'est l'histoire de M. et Mme Ransome, couple cul pincé et conventionnel par excellence, qui retrouvent leur appartement intégralement vidé de toutes leurs affaires, jusqu'aux plinthes et au papier toilette. Après un ou deux haussements de sourcils, ils reprennent rapidement le dessus. Monsieur continue d'écouter son Mozart et d'être égoïste, Madame découvre finalement une nouvelle vie dégagée de matérialisme et qu'elle peut rêver. Les conventions et la bienséance sont mis à mal, et révélation: Madame s'éclate à aller chez son petit épicier pakistanais et à s'acheter de fausses perles, ainsi qu'à reluquer son beau voisin en train de faire des tractions.

L'extrait:
"(...) C'était toutes ces possessions, elle en avait l'intuition, qui l'en avait jusqu'alors empêchée. Maintenant, elle allait pouvoir s'y mettre. Et donc, affalée sur sa balle de haricots, au milieu du parquet dénudé de son ancien salon, Mrs Ransome découvrit qu'elle n'était pas malheureuse, que sa situation présente avait une réalité bien plus grande et que, indépendamment du confort qua chacun est en droit d'attendre, ils allaient désormais pouvoir mener une vie moins douillette..."


dimanche 9 juin 2013

Pénélope Bagieu, ou la première illustratrice qui m' a fait rire aux éclats

     Il y a quatre ans quand j'ai découvert le blog "Ma vie est tout à fait fascinante", je me suis empressée d'aller acheter l'album du même nom, et cela a été une révélation. Ainsi donc toutes les autres filles rient et pleurent aussi comme moi? Elle croque des moments de vie et l'on s'identifie forcément, c'est irrésistible, c'est drôle et intelligent.


   Dès lors, je l'ai suivie dans tout ce qu'elle a fait: la trilogie BD Joséphine dont le film va sortir très bientôt(le 19 juin!!!), et qui sent furieusement le vécu: c'est comme si les colères, les frustrations, les jalousies et les envies que l'on connaît toutes avaient été croquées en bande dessinée: un défouloir majestueux!






     Cadavre exquis: premier récit au long cours, aux tonalités de polar.
   Une jeune femme toute gentille et spontanée rencontre un écrivain maniéré et imbu de lui-même, et en panne d'inspiration. Elle va être sa muse, et se construire une vie meilleure. Mais une histoire de cadavre flotte...




  Puis La page blanche: une jeune femme assise sur un banc réalise tout à coup qu'elle ne sait plus qui elle est ni ce qu'elle fait là.
  On constate que le thème de la page blanche, de l'inspiration est récurrent chez Pénélope Bagieu.  C'est une histoire étonnante sur la quête d'identité, où l'on se rend compte qu'il faut se réaliser pour exister, et que l'on vit pour se construire et se souvenir.


Le bon Antoine, Marie Desplechin

Antoine n'est pas un bon élève, mais c'est un bon ami. Et à force d'être trop gentil, il accumule les embrouilles. Le voilà puni, et selon "la loi de Murphy", ce n'est que le début des ennuis...

C'est une bonne histoire collégienne, du même auteur, vous pouvez découvrir La belle Adèle. C'est un peu pétri de bons sentiments, et l'ensemble est assez prévisible, mais cela fonctionne bien, et c'est ce qu'on demande aux romans pour ados.


Voici l'incipit:
 " En haut de la classe, il y a Frédéric Liu. En bas, il y a moi. Non, je rigole. Je suis en bas mais je ne suis pas seul. On est quelques uns à barboter dans la bouillasse, avec Darin Belkacem et Thomas Grandjean. On agite nos nageoires, on se fait une petite concurrence sans prétention. Frédéric n'est pas isolé non plus. ils sont bien quatre ou cinq à se tenir chaud sur son perchoir. Entre les hauteurs et les profondeurs vivote une sorte de marais. Ensemble, nous formons une classe harmonieuse. C'est une réussite collective. Car pour y arriver, il ne suffit pas d'avoir des gagnants, les perdants aussi sont indispensables (ou l'inverse). Les gens comme moi sont donc nécessaire à l'harmonie générale. Pas de quoi avoir honte. Et même: merci moi."

jeudi 6 juin 2013

Bacha Posh, de Charlotte Erlih ou comment vivre quand on est une fille en Afghanistan

      Une Bacha Posh, c'est une fille élevée comme un fils dans les familles afghanes qui n'en ont pas.
Barrukh - ou Barrukhzad- est le barreur de l'équipe d'aviron, et s'entraîne dur pour participer aux JO. Elle profite d'être un garçon pour marcher, parler comme elle veut, être qui elle veut.
Puis un jour, le sang coule, elle est à présent une femme: tous ses rêves s'envolent.... Mais déterminée à retrouver sa liberté, elle va se battre, en trouvant notamment un réconfort dans l'écriture et la lecture.

      Je n'étais pas forcément emballée au début, ni le titre ni la première de couverture ne me parlaient. Puis un sentiment d'empathie naît au bout de quelques pages forcément, lorsqu'on côtoie cette jeune qui traverse toutes ces épreuves juste parce qu'elle est une femme. L'ensemble se lit bien, et se révèle efficace, notamment pour les adolescents.

    Voici deux extraits:
     
    "Les livres ne parlent que de ça: de ceux qui se battent jusqu'à faire triompher leurs désirs, de ceux qui, malgré leurs efforts, ne réussissent pas à faire plier la réalité, ou de ceux qui baissent les bras sans lutter. De ces trois catégories, les seuls vraiment malheureux sont ceux qui n'essaient pas. Qui renoncent. Qui subissent.
  Je ne veux pas me morfondre dans mon coin en maudissant le sort. Je n'aime pas ce rôle. Je vais continuer à me battre.
   Voilà mon identité: lutter."


     "- C'est avec ce livre que j'ai compris que toutes les blessures de coeur, même les plus profondes, finissent par se recoudre, murmure-t-il. Il faut juste du temps. Beaucoup de temps parfois. Mais ça passe.
  Je lui demande à quoi ça va me servir tout ça, ces livres, ces histoires, ces rêves, ces pensées, si mon destin est de rester confinée dans une maison, de me marier et d'avoir des enfants. "C'est précisément parce que tu vas être enfermée qu'il est primordial que tu aies ton jardin intérieur. Celui-là, personne ne pourra t'empêcher de t'y promener. Toi seule en auras les clés."
    Nous restons un moment silencieux."